Depuis la montée des tensions au Moyen-Orient fin février 2026, plusieurs influenceurs basés à Dubaï ont initialement partagé sur les réseaux sociaux des vidéos exprimant leur peur face aux tirs de missiles iraniens, avant de changer radicalement de ton sous la pression des autorités émiraties. Ce phénomène révèle l’impact des sanctions légales sur la communication publique en période de crise.
Contexte des tensions irano-américaines et irano-israéliennes
Le 28 février 2026, une série de frappes américano-israéliennes ciblant l’Iran a provoqué des ripostes militaires par des tirs de missiles iraniens dirigés contre plusieurs pays du Golfe, notamment le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. Ces attaques visaient à détruire des installations américaines considérées comme stratégiques sur le sol de ces pays alliés des États-Unis.
Ce contexte a eu un retentissement immédiat à Dubaï, où vivent de nombreux expatriés et influenceurs français, contraints de filmer leurs réactions en direct au milieu de cette situation inédite.
Les premiers signaux d’alerte sur les réseaux sociaux
Des personnalités telles que Maeva Ghennam, Kim Glow ou Kamila se sont rapidement exprimées sur leurs plateformes sociales. Initialement, leurs contenus étaient liés à la vie de luxe et à la détente sur les plages, mais l’ambiance est devenue anxiogène avec la proximité des attaques.
Maeva Ghennam a notamment lancé un appel émouvant à la France en lui demandant de venir en aide aux Français présents sur place, décrivant des scènes de panique alors que les missiles traversaient le ciel dubaiote. Dans une story Snapchat, elle affirmait : « Si jamais il y a une grande guerre, il faut partir. On est Français. La France, protégez-nous (…) J’ai crié comme une hystérique. On a trop bien vu les missiles ».
Kamilia, ancienne candidate de Secret Story, a partagé un témoignage similaire, affirmant avoir observé jusqu’à trois missiles en dix minutes et décrivant leurs trajectoires comme des « flammes qui tombent ». Même des figures du spectacle comme Élodie Gossuin, en vacances à Dubaï, ont rapporté leurs angoisses sur Instagram, évoquant un « cauchemar » sous le bruit constant des missiles et des systèmes de défense anti-aériens.
Le virage prudent des influenceurs après intervention des autorités
Quelques jours plus tard, on remarque un changement d’attitude chez certains influenceurs, qui adoptent un discours plus rassurant et valorisent la gestion de la sécurité locale. Maeva Ghennam elle-même a publié sur Instagram un message soulignant la protection offerte à Dubaï, insistant sur l’absence d’attentats ou de cambriolages, valorisant ainsi une forme de normalité rassurante.
Ce revirement coïncide étroitement avec un communiqué officiel publié par le ministère public des Émirats arabes unis sur le réseau social X. Ce message mettait en garde contre la diffusion de rumeurs ou d’informations non vérifiées, appelant à consulter uniquement des sources officielles pour éviter « la propagation de la confusion et la mise en péril de la sécurité et de la stabilité de la société ».
« La loi émiratie est très claire : diffuser des informations non validées peut entraîner de lourdes sanctions, y compris la prison, surtout en période de crise », souligne Leila Haddad, analyste en communication au Moyen-Orient.
Les implications juridiques pour les influenceurs
Le rappel à l’ordre publié par les autorités mentionne explicitement le décret-loi fédéral numéro 34 de 2021, article 52, qui prévoit quiconque partageant des contenus non autorisés ou provenant de sources douteuses peut être poursuivi. En temps normal, la peine encourue est d’au moins un an d’emprisonnement et une amende de 100 000 dirhams (environ 23 400 euros).
Dans le cadre d’une crise, comme celle née des tensions militaires actuelles, ces sanctions peuvent être doublées : deux ans de prison et une amende de 200 000 dirhams (47 000 euros environ). De plus, les ressortissants étrangers risquent en sus une expulsion du pays. Ces mesures strictes expliquent sans doute la prudence soudainement affichée par les influenceurs après leurs premiers messages d’alerte.
Conséquences sur la liberté d’expression et la communication en temps de guerre
Ce phénomène soulève des questions sur les limites du discours permis dans des contextes sensibles. Alors que les réseaux sociaux sont devenus un outil clé de partage d’informations personnelles et de situations de crise, ils peuvent aussi devenir un terrain miné de règlementations locales très strictes, surtout dans des pays comme les Émirats arabes unis où le contrôle social est important.
« Cette situation illustre parfaitement le choc culturel entre la liberté d’expression occidentale et les régulations imposées dans certains pays du Golfe, surtout en période de crise », explique François Durand, spécialiste des médias numériques internationaux.
Face à ces contraintes, les influenceurs, d’abord paniqués, doivent désormais naviguer avec plus de précaution dans leurs publications, même lorsqu’ils vivent ou séjournent dans des zones de tensions géopolitiques majeures.
Conclusion : un équilibre fragile entre sécurité et expression
Le cas des influenceurs à Dubaï pendant les frappes iraniennes met en lumière la complexité d’être acteur médiatique dans un environnement géopolitique instable. Il souligne les conséquences réelles des lois sur la diffusion de l’information et la responsabilité individuelle en matière de communication numérique. La prudence des influenceurs témoigne d’une adaptation rapide et indispensable entre inquiétudes individuelles et exigences légales.
« La capacité à informer reste cruciale, mais elle doit aussi être accompagnée d’une conscience des risques juridiques et sociaux inhérents au contexte local », conclut Leila Haddad.

