Découverte archéologique : un fourneau métallurgique du Ve siècle en Côte d’Ivoire

Au centre-ouest de la Côte d’Ivoire, dans la sous-préfecture de Tapéguia, une équipe d’étudiants et de chercheurs a entrepris des fouilles sur un site ancien situé à proximité du village de Gazibouo. Cette expédition archéologique, menée en février 2026, a permis la découverte d’un fourneau métallurgique datant du Ve siècle, révélant une activité sidérurgique ancienne encore peu documentée dans la région. Malgré des moyens limités, les premières analyses promettent d’enrichir la connaissance des techniques métallurgiques précoloniaux dans ce secteur du pays.

Un site archéologique sous l’égide de l’université Félix-Houphouët-Boigny

Les travaux ont ciblé des buttes en zone humide, proches de bas-fonds, qui abritaient ce fourneau. Selon l’archéologue Arouna Yeo, enseignant-chercheur à l’université Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan,

« Ce fourneau, installé dans un contexte environnemental particulier, offre une opportunité rare de mieux comprendre la métallurgie ancienne en Côte d’Ivoire, un domaine encore largement méconnu. »

L’objectif des fouilles est d’atteindre la base du fourneau afin d’extraire des échantillons permettant de dater avec précision le site, notamment par l’analyse du charbon de bois retrouvé dans les couches profondes.

Découvertes préliminaires et méthodes de fouille

Au fil des excavations, l’équipe a mis au jour divers artefacts tels que des fragments de terre cuite, des morceaux de tuyères – éléments essentiels pour canaliser l’air dans le four – ainsi que du charbon de bois fossilisé. La progression de la fouille se fait à la main, à l’aide de pioches, truelles et pinceaux, suivant une méthode minutieuse indispensable pour préserver l’intégrité des objets. Cette approche manuelle est d’autant plus remarquable que le groupe n’a pu s’appuyer sur aucune assistance mécanisée.

Un travail associant étudiants et enseignants sous contraintes

Encadrés par le Dr Tie By Gala, les étudiants de licence et master ont participé activement à cette campagne de dix jours. Tous ont contribué financièrement à l’expédition, couvrant les frais du matériel eux-mêmes, tandis que les enseignants ont également payé certaines dépenses. Ce modèle de fouille auto-organisée illustre les difficultés rencontrées par les équipes de recherche en archéologie en Côte d’Ivoire, où les ressources institutionnelles sont limitées.

Perspectives scientifiques et enjeux patrimoniaux

Le Dr Tie By Gala souligne l’importance de ces fouilles pour la valorisation du patrimoine ivoirien :

« Chaque élément retrouvé sur ce site participe à reconstituer l’histoire technique et culturelle des populations qui ont habité cette région il y a près de 1500 ans. Il est crucial de poursuivre ces recherches pour documenter et protéger cet héritage. »

Les analyses à venir, en particulier la datation au carbone 14, permettront de préciser la chronologie d’utilisation du fourneau et d’évaluer les techniques métallurgiques employées. Ces données pourront ensuite être confrontées à celles d’autres sites ouest-africains, contribuant ainsi à une meilleure compréhension régionale des savoir-faire anciens.

Enjeux pour la recherche et la sauvegarde du patrimoine

Cette campagne pensée comme un pilote espère déboucher sur des interventions plus longues et mieux financées. Les experts insistent sur la nécessité d’un soutien accru de la part des institutions nationales et internationales pour développer cette thématique et assurer la conservation du site. Un investissement dans la formation des jeunes archéologues et le matériel spécialisé est par ailleurs indispensable pour poursuivre l’exploration. Selon Arouna Yeo,

« Le potentiel scientifique est immense, mais il est urgent que la recherche bénéficie de moyens adaptés pour éviter que ces traces du passé ne disparaissent. »

Au-delà des découvertes scientifiques, la valorisation de ce patrimoine pourrait aussi stimuler le tourisme culturel dans une région encore peu exploitée sous cet angle.

Conclusion : un site prometteur mais fragile

Cette découverte d’un fourneau métallurgique vieux d’environ 1500 ans à Gazibouo ouvre une nouvelle fenêtre sur l’histoire ancienne de la métallurgie en Côte d’Ivoire. Elle démontre la capacité des jeunes chercheurs locaux ainsi que leurs enseignants à mener des fouilles sur le terrain malgré des contraintes majeures. La poursuite de cette recherche apparaît indispensable pour approfondir la connaissance des techniques anciennes et mieux préserver un patrimoine archéologique fragile et jusqu’ici peu étudié.

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