Bordeaux : 1 700 heures de cours perdues au collège Aliénor d’Aquitaine

Depuis la rentrée scolaire de septembre 2025, le collège Aliénor d’Aquitaine, situé à Bordeaux en Gironde, fait face à une crise majeure liée au non-remplacement de nombreux enseignants absents. Ce manquement a engendré la perte de près de 1 700 heures de cours, déstabilisant gravement les élèves et suscitants fortes inquiétudes chez les parents. Cette situation exceptionnelle, persistante depuis plusieurs mois, reflète des dysfonctionnements profonds affectant le système éducatif local et national.

Un déficit horaire préoccupant et son impact sur les élèves

Le collectif de parents « On veut des profs », formé en novembre 2025, a alerté le rectorat de cette situation alarmante. Selon ses estimations, 13 % du temps d’enseignement habituel n’a pas été assuré dans cet établissement, avec certains élèves en 6e consacrant jusqu’à 20 % de leur temps scolaire en permanence plutôt qu’en cours. Cette perte d’heures excède largement la moyenne nationale, qui atteint environ 9 % pour l’ensemble des collèges publics en 2023-2024, selon un rapport récent de la Cour des comptes.

Pour les collégiens, les conséquences sont manifestes. Gabin, 14 ans et élève en classe de 4e, témoigne : « On n’a pas eu de cours d’anglais pendant trois mois, histoire-géo pendant un mois, et français également. Les remplacements sont très sporadiques, parfois un jour, puis plus rien. » Cette discontinuité engendre un découragement croissant et un climat d’anxiété, particulièrement avec l’approche de la classe de 3e, cruciale pour l’orientation. « Plus de la moitié de la classe ne fait plus ses devoirs. On est tous démotivés mais en même temps hyper stressés », ajoute-t-il.

Enjeux institutionnels et responsabilités reconnues

Le rectorat admet une situation « anormale » et a tenté d’intervenir en limitant certains effets, mais sans parvenir à inverser la tendance. Jean-Raoul Evrard, père d’un élève de 6e et membre du collectif, souligne : « Le rectorat a su pallier quelques absences, mais cela n’a pas suffi. Le problème reste important et récurrent. »

Du côté des enseignants, le constat est également sévère. David Pijoan, professeur de mathématiques dans l’établissement et représentant syndical Snes-FSU en Gironde, évoque une « absence longue et mal couverte », souvent remplacée par des contractuels en situation précaire. « Le manque de remplaçants est un problème chronique résultant de décisions nationales récentes. Le rectorat et les services académiques n’ont pas rempli leurs obligations », affirme-t-il.

Un contexte national difficile

Cette situation locale s’inscrit dans un contexte de baisse démographique inédite en France et de réduction conséquente des postes d’enseignants. Le ministère de l’Éducation nationale a annoncé 4 000 suppressions de postes à la rentrée 2026, dont 1 365 dans le second degré public et environ 28 en Gironde. Ces mesures, justifiées par l’équilibre démographique, sont contestées par les syndicats qui craignent une dégradation de la qualité de l’enseignement et un accroissement des non-remplacements.

Une mobilisation engagée et des inquiétudes pour l’avenir

Face à cette situation, les parents d’élèves ont organisé une manifestation à la fin du mois de mars devant les services départementaux de l’Éducation nationale, afin de réclamer des moyens humains réellement engagés et pérennes. Dans une lettre ouverte adressée au recteur et au ministre de l’Éducation, le collectif demande un financement exceptionnel pour garantir le remplacement dès la première heure d’absence.

« Une enveloppe horaire ne vaut que si les ressources humaines existent réellement », souligne le collectif.

Marc Baudemoulin, représentant de la FCPE du collège Aliénor d’Aquitaine, partage ces inquiétudes et redoute que certains parents tournent leurs enfants vers le privé, faute de garanties sur l’amélioration des conditions d’enseignement à la rentrée 2026.

Conséquences et perspectives

La crise au collège Aliénor d’Aquitaine illustre des dysfonctionnements plus larges touchant le système éducatif français. La Défenseure des droits, Claire Hédon, a dénoncé ce phénomène comme un « préjudice direct » à l’encontre des enfants privés d’un temps d’enseignement indispensable à leur scolarité.

Des décisions politiques à l’échelle nationale, en lien avec la démographie et les budgets, impactent directement les établissements locaux. La tension entre suppression de postes et maintien de la qualité pédagogique fragilise les élèves, notamment dans les quartiers urbains où les besoins sont parfois plus importants.

« Il faut une prise en compte urgente de ces absences non remplacées, avec un soutien renforcé aux établissements en difficulté », insiste un expert en politique éducative.

En somme, la situation du collège Aliénor d’Aquitaine à Bordeaux représente un indicateur préoccupant tant pour les élèves que pour les acteurs de l’éducation, appelant à des mesures concrètes et durables pour garantir un enseignement stable et de qualité.

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