Sarah el Haïry, haute-commissaire à l’Enfance, a annoncé ce mercredi 29 avril 2026 avoir saisi la justice pour deux sites internet supplémentaires, Chaat.fr et garçon.net, similaires à la plate-forme Cocoland, récemment au cœur d’une enquête judiciaire pour son rôle supposé dans des agressions sexuelles. Cette démarche s’inscrit dans une série d’actions engagées face à la recrudescence des plates-formes facilitant les contacts entre mineurs et pédocriminels.
Une vigilance accrue après la réapparition de Cocoland
La décision de Sarah el Haïry intervient un jour après l’ouverture d’une enquête par le parquet de Paris concernant la réapparition en ligne de Cocoland, anciennement connu sous le nom de Coco. Ce site, immatriculé à l’étranger, avait été fermé en juin 2024 en raison de ses liens avérés avec des réseaux de prédateurs et d’incidents impliquant des mineurs, notamment dans la tragique affaire des viols de Mazan. Son fondateur, Isaac Steidl, a été mis en examen dès janvier 2025 pour un ensemble d’accusations graves, dont la complicité de trafic de stupéfiants, la diffusion d’images pédopornographiques et la corruption de mineurs via internet, charges qu’il continue de nier.
Des sites sans contrôle d’âge, vecteurs de danger pour les mineurs
Dans une interview accordée à RMC, Sarah el Haïry a détaillé les raisons de sa saisine du procureur de la République ainsi que des autorités compétentes telles que Pharos, la plate-forme gouvernementale de signalement des contenus illicites, et l’Arcom. Selon elle, Chaat.fr et garçon.net « mettent en contact des pédocriminels sans aucune vérification d’âge » et diffusent des messages à caractère sexuel auprès d’utilisateurs mineurs. Ces situations créent selon elle des « zones grises » où des enfants sont accostés par des prédateurs.
« Les enfants et des mineurs sont accostés par des prédateurs, il faut mettre fin à ces zones grises », a déclaré la haute-commissaire à l’Enfance.
Un combat contre l’impunité des hébergeurs et éditeurs de contenus
Sarah el Haïry insiste sur la nécessité d’engager la responsabilité de tous les acteurs impliqués dans la diffusion et la gestion de ces contenus, notamment les hébergeurs et éditeurs, qui tolèrent l’absence de contrôle d’âge et facilitent ainsi l’accès des mineurs. Elle souligne que pour lutter efficacement contre ce fléau, il faut « aller chercher les hommes qui, aujourd’hui, envoient ces images et engager la responsabilité » de ces acteurs.
Le combat contre la pédocriminalité en ligne révèle de nombreuses failles dans la régulation des plateformes, souvent enregistrées à l’étranger et échappant ainsi aux lois nationales. Ces sites attirent des associations de protection de l’enfance, qui dénoncent depuis plusieurs années leur rôle dans la facilitation des abus sur mineurs.
Une troisième plate-forme également visée
Outre Chaat.fr et garçon.net, la haute-commissaire précise que le site Chatiw fait également l’objet d’une surveillance accrue et pourrait faire l’objet d’une saisine prochaine. Cette démarche marque une volonté gouvernementale de renforcer la pression judiciaire contre ces espaces numériques jugés particulièrement dangereux pour la jeunesse.
Contexte judiciaire et enjeux de protection de l’enfance
La fermeture de Coco en 2024 avait déjà marqué un tournant dans la lutte contre les plate-formes facilitant les abus sexuels sur mineurs. Cependant, la réapparition sous le nom de Cocoland démontre une persistance dans ces pratiques, avec une adaptation constante des opérateurs à la réglementation. Les autorités judiciaires se trouvent confrontées à un phénomène complexe nécessitant une coopération internationale accrue, notamment pour identifier les responsables et accéder aux données hébergées hors du territoire.
Selon un expert en cybercriminalité, interrogé anonymement, « ces sites échappent souvent à la surveillance standard et nécessitent des enquêtes spécialisées avec des moyens technologiques importants pour remonter aux auteurs. La prévention passe aussi par une sensibilisation des jeunes et un meilleur encadrement des espaces de discussion en ligne. »
Une mobilisation renforcée des pouvoirs publics
La démarche de Sarah el Haïry s’inscrit dans un cadre plus large de mobilisation des pouvoirs publics en matière de protection de l’enfance sur Internet. La collaboration entre ministères, forces de l’ordre, et entités spécialisées telles que Pharos montre une volonté d’agir rapidement et fermement face à la multiplication des réseaux illicites ciblant les mineurs.
Par ailleurs, la haute-commissaire a appelé à une responsabilité partagée, soulignant que les solutions passent autant par la justice que par l’engagement des acteurs privés, réseaux sociaux et hébergeurs, afin d’instaurer des mécanismes efficaces de contrôle d’âge et de détection des contenus criminels.
« Il faut engager la responsabilité de tout le monde, de ceux qui envoient ces images comme de ceux qui acceptent qu’il n’y ait aucun contrôle d’âge », a-t-elle affirmé.
Conclusion
Face à la recrudescence des plates-formes numériques facilitant les contacts prédateurs avec des mineurs, la saisine de la justice contre Chaat.fr, garçon.net et potentiellement Chatiw, marque une étape importante dans la lutte contre la pédocriminalité en ligne. Le dossier de Cocoland, ancienne plate-forme de référence parmi les plus dangereuses, illustre les difficultés d’éradiquer ces espaces à risque malgré les fermetures et les mises en examen du passé. Le travail conjoint des autorités judiciaires, des plateformes de signalement et des pouvoirs publics demeure essentiel pour mieux protéger les enfants et faire cesser l’impunité des responsables.

