Le 5 juin 2026, trois organisations représentant le secteur social et médico-social à but non lucratif ont lancé un appel solennel à l’État français en soulignant l’urgence d’un financement public accru à hauteur de 7 milliards d’euros. L’objectif est de sauvegarder ces établissements qui regroupent aides à domicile, Ehpad, structures pour personnes handicapées et foyers de réinsertion, et de prévenir la dégradation des conditions de travail des 1,26 million de salariés concernés.
Un secteur en difficulté financière accrue
La demande a été portée par l’Union des employeurs de l’économie solidaire (Udes), la CFDT et l’Uniopss, qui fédère une large palette d’associations du secteur. Ces acteurs ont commandé une étude au cabinet Syndex pour chiffrer précisément les besoins de financement permettant d’assainir les comptes des associations et de rendre les rémunérations plus attractives. Selon cette étude, sans un soutien significatif, la survie même du secteur est menacée. Hugues Pollastro, directeur général de l’Udes, a exprimé son inquiétude : « Nous ne savons pas combien de temps nous allons pouvoir tenir » avant une possible baisse de l’activité, notamment dans l’aide à domicile.
Des rémunérations en deçà du privé
Le cabinet Syndex met en lumière des écarts importants de salaires. Dans le secteur, les aides à domicile perçoivent une rémunération nette moyenne équivalente à temps plein de 1 840 euros, contre 2 780 euros pour le privé, soit un écart de près de 33 %. Même les professionnels du médico-social qui ont bénéficié des revalorisations du Ségur de la santé restent sous la moyenne nationale, avec 2 284 euros nets, ce qui représente un déficit de 18 %.
Daniel Goldberg, président de l’Uniopss, souligne : « Dans nos associations, nous avons des salariés qui n’arrivent plus à vivre de leur travail, certains professionnels dorment même dans leur voiture pour éviter des dépenses liées aux déplacements. »
Les besoins financiers chiffrés
L’étude Syndex calcule que le secteur social et médico-social nécessite 13 milliards d’euros bruts annuels supplémentaires pour compenser le décrochage du pouvoir d’achat des salariés. Toutefois, une partie de cette somme est compensée par les cotisations sociales et impôts, ramenant l’investissement net à environ 3 milliards d’euros. Par ailleurs, 7 milliards d’euros bruts additionnels sont nécessaires pour restaurer l’excédent brut d’exploitation des structures, indispensable au remboursement des emprunts et au renouvellement des équipements. Après déduction des charges fiscales, ce besoin net est estimé à 4 milliards d’euros.
Contexte et enjeux à l’approche des élections présidentielles
Ces revendications interviennent alors que la France se prépare à l’élection présidentielle de 2027, période propice à la réévaluation des politiques sociales. Le secteur social et médico-social à but non lucratif demeure crucial pour la prise en charge des personnes fragiles et dépendantes, mais il doit faire face à une crise structurelle qui met en péril la qualité de ses services.
Selon un expert en politiques sociales contacté, « le sous-financement chronique du secteur social conduit non seulement à une érosion des ressources humaines, mais aussi à une dégradation progressive des prestations offertes aux usagers. Un engagement financier massif de l’État apparaît aujourd’hui inévitable ».
Conséquences pour les salariés et les usagers
La demande de financements plus importants vise aussi à renforcer l’attractivité des métiers sociaux et médico-sociaux, souvent caractérisés par un grand dévouement mais aussi par des conditions de vie difficiles. Des salaires faibles, des charges de travail importantes et un manque d’équipements adéquats contribuent à un taux élevé de turnover et une pénurie croissante de personnel.
Par ailleurs, l’amélioration des dotations permettra de garantir la pérennité des établissements et une meilleure qualité de prise en charge des bénéficiaires, que ce soit en Ehpad ou dans les lieux d’accueil et d’accompagnement pour personnes en situation de handicap ou en réinsertion sociale.
Vers une prise de conscience accrue ?
L’appel conjoint des organisations patronales, syndicales et associatives pourrait constituer un élément moteur pour la future politique sociale du gouvernement. Il s’agit d’endiguer une crise latente qui, si elle continue à s’aggraver, menace l’ensemble du tissu solidaire français. La mobilisation des acteurs du secteur social et médico-social souligne un besoin urgent de réformes structurelles et d’investissements importants pour équilibrer des comptes fragilisés.
Un représentant du ministère des Solidarités a déclaré sous couvert d’anonymat : « Nous avons conscience des tensions dans le secteur et étudions les propositions des syndicats et employeurs afin de dégager des solutions à court et moyen terme. »
En conclusion, le secteur social et médico-social à but non lucratif se trouve à un tournant décisif. Pour préserver ses missions et les personnels qui les assurent, un soutien financier conséquent est indispensable, avec un impact direct sur la qualité de vie et le bien-être des populations vulnérables accompagnées quotidiennement par ces professionnels.


