Le Testament d’Ann Lee : l’histoire vraie de la fondatrice des Shakers

Sorti en salles le 11 mars 2026, « Le Testament d’Ann Lee » dévoile le parcours remarquable d’Ann Lee, une figure religieuse et féministe du XVIIIe siècle dont la foi a donné naissance au mouvement shaker aux États-Unis. Interprétée par Amanda Seyfried, cette femme d’origine anglaise a fondé une communauté basée sur l’égalité, la musique et la chasteté, prônant un mode de vie radicalement alternatif. Ce long-métrage musical et historique revient sur cet héritage méconnu, entre convictions spirituelles et engagement social.

Qui était Ann Lee, la « Mother Ann » des Shakers ?

Née en 1736 à Manchester en Angleterre, Ann Lee a grandi dans un milieu ouvrier et travaillé dans une usine de coton. Après avoir perdu plusieurs enfants, elle s’est tournée vers une quête spirituelle intense. Profondément marquée par la maladie et le deuil, elle a adopté la croyance que la sainteté résidait dans le refus de la « cohabitation charnelle » — un engagement à la chasteté —, ainsi que dans la simplicité du travail manuel et la renonciation aux richesses matérielles. Ces valeurs sont rapidement devenues les fondements du mouvement shaker qu’elle allait créer.

Naissance d’un culte singulier et pacifique

Le mouvement shaker, dont le nom officiel est la « Société des Amis du Christ », tire ses racines d’une branche des quakers. Il se caractérise par une pratique rituelle mêlant chant et danse extatiques, visant à atteindre un état de transe spirituelle. Ann Lee fut reconnue comme la réincarnation féminine du Christ par ses adeptes et symbolisa un combat féministe avant l’heure, prônant l’égalité entre les sexes et entre les humains.

L’exil vers l’Amérique et la formation d’une communauté

En 1774, face aux persécutions religieuses en Angleterre, Ann Lee quitta l’Europe pour les colonies américaines, accompagnée d’un petit groupe d’adeptes. Ils s’établirent d’abord près de New York, où ils formèrent l’une des nombreuses communautés shaker. Ce mouvement communautaire proposait un mode de vie alternatif, axé sur la sécurité, la tolérance et une redéfinition des rôles familiaux et sociaux.

« Ann Lee voulait créer un espace où les individus pouvaient vivre en sécurité, penser et s’exprimer librement sans subir le poids des conventions patriarcales », explique Mona Fastvold, réalisatrice du film, lors d’un entretien en 2025.

Ce modèle de vie utopique attira de nombreux adeptes, notamment au cours des décennies suivantes. Malgré sa volonté de paix, Ann Lee et ses disciples durent faire face à de nombreuses violences verbales et physiques de la part des populations hostiles à leur foi.

Un héritage spirituel et culturel durable

Ann Lee mourut en 1784, à 48 ans, mais le mouvement Shaker continua de prospérer. À son apogée dans les années 1840, le groupe comptait environ 6 000 membres répartis dans 19 communautés à travers les États-Unis. Leur influence ne se limita pas au domaine religieux : ils ont aussi laissé une empreinte culturelle, notamment à travers un style de mobilier épuré et minimaliste qui reflète leur philosophie de simplicité et de fonctionnalité.

Toutefois, ce mouvement est aujourd’hui largement réduit à sa dimension historique. Selon Mona Fastvold, seules trois personnes appartiendraient encore au Shakerisme en 2026. Ce déclin témoigne du passage d’une époque où ces communautés utopistes étaient nombreuses à une époque contemporaine marquée par leur quasi-disparition.

Une figure féminine pionnière et un film engagé

« Le Testament d’Ann Lee » met en lumière une femme exceptionnelle, souvent ignorée des grands récits historiques européens. Le film rend hommage à son combat pour l’égalité et la liberté, tout en explorant les difficultés rencontrées par les membres du mouvement. Amanda Seyfried, dans le rôle principal, a reçu des éloges pour sa performance nuancée et puissante, incarnant avec intensité une figure symbolique du féminisme et de la foi radicale.

« C’est un personnage complexe, à la fois spirituelle, militante et vulnérable. Son histoire résonne aujourd’hui dans le contexte des luttes pour l’égalité », souligne un historien spécialiste des mouvements religieux américains.

La sortie de ce film en France ouvre ainsi un nouveau regard sur un chapitre méconnu de l’histoire américaine et sur le rôle féminin dans la création de mouvements religieux utopiques. C’est également un rappel du poids des convictions dans la construction des sociétés alternatives.

Conclusion

À travers « Le Testament d’Ann Lee », les spectateurs découvrent l’histoire poignante d’une militante spirituelle qui défia son temps. Fondatrice des Shakers, Ann Lee a laissé un héritage spirituel, social et artistique qui traverse les siècles, bien que sa communauté ait presque disparu aujourd’hui. Ce récit historique souligne l’importance de repenser les voies de l’émancipation et du vivre-ensemble, à la lumière du passé.

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