Stellantis enregistre une perte exceptionnelle de 22,3 milliards d’euros en 2025

Le groupe automobile franco-italo-américain Stellantis a publié jeudi 26 février 2026 un bilan financier lourd pour l’exercice 2025, affichant une perte nette de 22,3 milliards d’euros. Cette performance, l’une des plus importantes pertes enregistrées par un grand groupe français, découle notamment d’une importante réduction de la production de véhicules électriques et d’une réorientation stratégique vers les modèles thermiques. À travers cette restructuration, Stellantis entend s’adapter à un marché de l’électrique plus complexe que prévu.

Un bilan lourdement impacté par la réduction des véhicules électriques

En début février 2026, Stellantis avait annoncé une charge exceptionnelle de 22 milliards d’euros pour la seconde moitié de l’année 2025 visant à financer la diminution de la production de ses gammes de véhicules électriques. Cette décision intervient après des ventes d’automobiles électriques en deçà des prévisions initiales, un phénomène également observé chez d’autres acteurs du secteur tels que Ford et General Motors aux États-Unis.

Cette réduction volontaire de l’offre électrique vise à optimiser la performance financière du groupe face à une demande volatile et des coûts de production élevés. Par ailleurs, Stellantis a dû composer avec des taux de change défavorables et une politique de réduction des prix, notamment au premier semestre 2025, marquant un tournant après la stratégie de tarification élevée menée précédemment par l’ancien directeur général Carlos Tavares.

« Le marché des véhicules électriques connaît une phase de réajustement qui impacte fortement la rentabilité des groupes. Stellantis anticipe ces évolutions pour préserver sa compétitivité à moyen terme », souligne Martine Duval, analyste automobile chez BCI Consulting.

Chiffres clés de l’exercice 2025

Le chiffre d’affaires 2025 de Stellantis a reculé de 2 % malgré une légère progression du volume des ventes, atteignant 5,48 millions de véhicules, contre 5,41 millions en 2024. Le groupe a terminé l’année avec une perte opérationnelle courante de 842 millions d’euros, soit une marge négative de 0,5 %. Cette faiblesse financière justifie également la décision de ne pas distribuer de dividendes aux actionnaires pour l’année écoulée.

Une reprise au second semestre et des perspectives pour 2026

Malgré une année 2025 consumée par ces difficultés, le second semestre a révélé des signes d’amélioration avec un chiffre d’affaires en hausse de 10 % et un volume de ventes en hausse de 11 %, atteignant 2,8 millions de véhicules. Cette progression est notamment portée par un rebond significatif de 39 % en volume sur le marché américain.

Stellantis, qui disposait de liquidités industrielles s’élevant à 46 milliards d’euros à la fin de 2025, maintient ses prévisions pour 2026. Le groupe table sur un redressement progressif de son chiffre d’affaires net ainsi qu’un retour à une marge opérationnelle positive, comprise dans une fourchette basse à un chiffre.

« La dynamique commerciale observée en fin d’année dernière, notamment sur le segment des pick-up aux États-Unis, laisse présager un rebond durable », estime Jean-Pierre Morel, économiste spécialisé dans le secteur automobile.

Les nouveaux modèles thermiques, dont une relance des véhicules diesel, devraient jouer un rôle central dans cette stratégie, particulièrement aux États-Unis et en Europe, avec des politiques tarifaires adaptées à chaque marché.

Les conséquences des droits de douane et le retour aux moteurs thermiques

Stellantis doit également composer avec l’impact financier des droits de douane américains. Pour l’exercice 2025, ce fardeau est estimé à 1,2 milliard d’euros, tandis que pour 2026, il devrait atteindre 1,6 milliard, et ce malgré une décision récente de la Cour Suprême américaine invalidant certaines mesures initiées par l’administration Trump.

Face à ces contraintes et aux fluctuations du marché électrique, Stellantis a opté pour un retour partiel aux modèles à moteurs thermiques, dont le diesel, tant sur le continent européen qu’aux États-Unis. Le groupe affirme que ces choix stratégiques n’entravent pas son engagement en faveur de l’innovation et de l’électrification de sa gamme.

« Réintroduire certains modèles thermiques est une décision pragmatique face aux réalités actuelles du marché et ne remet pas en cause notre volonté d’investir dans les technologies propres », confirme un porte-parole de Stellantis.

Un secteur automobile en pleine mutation

Cette situation souligne les défis auxquels sont confrontés les constructeurs automobiles dans leur transition vers l’électrification. L’évolution des habitudes de consommation, les fluctuations des réglementations et les tensions commerciales internationales imposent des adaptations constantes.

Le cas de Stellantis illustre les risques financiers importants liés à ces transitions stratégiques mais aussi une certaine résilience permise par une diversification des marchés et des gammes produits.

Au-delà des chiffres, ces décisions auront un impact notable sur le positionnement du groupe dans les années à venir, dans un contexte où la compétition technologique et environnementale s’intensifie.

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