Une enquête internationale a mis au jour en avril 2026 une campagne d’influence menée par un réseau russe surnommé « La Compagnie » contre le président argentin Javier Milei. Entre juin et octobre 2024, près de 250 articles à caractère mensonger ont été diffusés dans plus de vingt médias argentins, dans une stratégie orchestrée pour déstabiliser le gouvernement ultralibéral arrivé au pouvoir fin 2023.
Un réseau russe orchestrant une vaste campagne de propagande
Selon les documents révélés par un collectif de médias comprenant The Continent, Dossier Center, iStories, All Eyes on Wagner, Forbidden Stories et OpenDemocracy, le réseau baptisé « La Compagnie » a conduit une opération de désinformation ciblant le président argentin. L’objectif était de nuire à la crédibilité de Milei, reconnu pour ses positions ultralibérales et son alliance affichée avec les États-Unis.
Les informations indiquent que ce réseau a dépensé environ 280 000 dollars pour commander la publication de nombreux articles dans les médias locaux. Cette campagne s’est appuyée sur un réseau de relais médiatiques et des acteurs locaux pour diffuser massivement du contenu préjudiciable entre juin et octobre 2024.
Une opération de désinformation sophistiquée et coordonnée
Les médias impliqués dans la diffusion de ces contenus ont été interrogés : la plupart ont nié toute rémunération directe de la part de la Russie, expliquant que les articles leur étaient fournis par des agences de presse ou des intermédiaires. Toutefois, deux sources ont reconnu avoir perçu des paiements provenant d’hommes d’affaires préoccupés par la politique de Milei.
Cette complexité souligne la tentation pour certaines puissances étrangères d’influencer des gouvernements étrangers via des campagnes médiatiques indirectes et souvent difficilement traçables, via des intermédiaires locaux.
« Il s’agit d’une opération d’espionnage et d’influence d’une gravité exceptionnelle dans l’histoire politique argentine, » a déclaré un expert en renseignement argentin. « Ce type d’ingérence vise à miner la souveraineté et la stabilité institutionnelle de la région. »
Réactions politiques et mesures judiciaires
Javier Milei a dénoncé publiquement cette campagne sur les réseaux sociaux, affirmant que son gouvernement mènerait une enquête approfondie pour identifier toutes les personnes impliquées, directes ou indirectes, dans ce réseau d’espionnage illégal.
De son côté, le secrétariat argentin du Renseignement a indiqué que cette affaire avait déjà donné lieu à des investigations internes et avait été transmise à la justice dès l’année 2025. Ce signalement précoce démontre la vigilance des autorités face aux tentatives d’ingérence étrangère.
Une tentative d’exacerber les tensions régionales
Les documents révèlent également une intention plus large de provoquer une crise diplomatique entre l’Argentine et le Chili, deux pays aux relations historiquement sensibles. Selon les révélations, certains contenus diffusés auraient visé à exacerber des différends frontaliers et politiques, dans le but de fragiliser la position de l’Argentine sur la scène régionale.
Ces opérations s’inscrivent dans un contexte de tensions croissantes où des acteurs internationaux cherchent à influencer la politique intérieure de plusieurs nations d’Amérique latine.
« Cette tentative de déstabilisation fait écho à des stratégies russes observées dans d’autres régions, » souligne un spécialiste des relations internationales. « L’utilisation des médias comme levier d’action souligne l’importance de renforcer la résilience démocratique face aux campagnes d’influence externe. »
Contexte et enjeux géopolitiques
L’arrivée au pouvoir de Javier Milei, connu pour ses positions libérales radicales en économie et ses liens affirmés avec Washington, a modifié les equilibres politiques en Argentine. Son gouvernement prône la dérégulation et l’ouverture, ce qui peut déplaire à certains acteurs étrangers souhaitant maintenir une influence stratégique dans la région.
Le recours à des campagnes médiatiques pour influencer l’opinion publique est un mode opératoire fréquemment utilisé par des services de renseignement dans les conflits hybrides contemporains. La divulgation de cette opération illustre la fragilité accrue des démocraties face aux manipulations informationnelles.
Perspectives et suites de l’enquête
À présent, l’enquête judiciaire pourrait révéler de nouveaux éléments sur l’ampleur et les réseaux impliqués dans cette campagne. L’Argentine pourrait également renforcer ses dispositifs de contrôle des médias et de lutte contre la désinformation étrangère.
Par ailleurs, cette affaire constitue un avertissement renouvelé sur la nécessité d’une coopération internationale accrue pour détecter et contrer les ingérences médiatiques dans les processus démocratiques, notamment dans un contexte mondial marqué par la multiplication des conflits d’influence.


