Une opération judiciaire d’envergure baptisée « Octopus » a été lancée mardi 10 mars afin de démanteler la DZ Mafia, organisation criminelle implantée en France. Cette offensive coordonnée par la section de recherches de la gendarmerie de Marseille a conduit à l’interpellation de 42 membres présumés répartis dans plusieurs départements, parmi lesquels des figures historiques de cette organisation. L’intervention s’inscrit dans une enquête discrète menée depuis près d’un an et demi visant à mettre un coup d’arrêt aux activités criminelles de ce réseau.
Déroulement et scope géographique de l’opération « Octopus »
Les interpellations ont été effectuées simultanément entre les Bouches-du-Rhône, le Gard, le Vaucluse et le Var, secteurs où la DZ Mafia exerce une influence importante. Plus de quarante individus soupçonnés d’appartenir à ce groupe ont été placés en garde à vue dans le cadre de cette vaste offensive judiciaire. Plusieurs d’entre eux, considérés comme des « pères fondateurs » de la DZ Mafia, étaient détenus dans des établissements pénitentiaires de haute sécurité, où ils auraient continué à orchestrer les activités illicites de l’organisation depuis leur cellule.
Profil des principaux suspects et mises en cause
Parmi les personnes interpellées figure Amine O., surnommé « Mimine », incarcéré depuis 2021 à la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe. Ce trentenaire est notamment poursuivi pour un triple meurtre commis en 2020, placé sous examen pour lequel il doit comparaître à l’automne prochain. L’affaire est marquée par la violence extrême des faits, puisque deux des victimes avaient été brûlées. Une des victimes était Brahim, frère du militant anti-narcotrafic Amine Kessaci, dont la famille a déjà été touchée de manière dramatique par la criminalité organisée avec la mort de Mehdi, un autre frère, en 2017.
Gabriel O., autre membre important et considéré comme un des « pères fondateurs » de la DZ Mafia, est également sous le coup d’une garde à vue. Il doit comparaître le 23 mars prochain à Aix-en-Provence pour un procès concernant un double assassinat remontant à 2019, antérieur à la formalisation de l’organisation mais lié à son développement.
Enjeux judiciaires et suspicions d’activités illicites en prison
Les autorités judiciaires suspectent que certains détenus, dont Amine O. et Gabriel O., aient continué à diriger des actions criminelles depuis la prison par le biais de communications illicites. Des écoutes téléphoniques, émanant d’une ligne surveillée, ont permis de détecter un lien entre Gabriel O. et l’extérieur via un téléphone clandestin, ce qui a conduit à la mise en garde à vue de son avocat pénaliste, soupçonné d’avoir facilité cette communication non autorisée.
« Cette affaire illustre la complexité du combat contre les structures criminelles sophistiquées, qui ne s’arrêtent pas à la détention de leurs membres. La lutte contre leur influence nécessite une coordination étroite entre différents services, en particulier la gendarmerie et la justice », explique le professeur Éric Lemoine, spécialiste en criminologie.
Les enquêteurs redoutaient par ailleurs un projet d’évasion lors du procès à venir, révélant la persistance et l’organisation des membres du réseau malgré les frappes judiciaires. La vigilance reste donc maximale afin de prévenir toute tentative d’évasion ou d’action concertée depuis les milieux carcéraux.
Contexte et implications du démantèlement de la DZ Mafia
La DZ Mafia est une organisation criminelle récemment identifiée mais particulièrement structurée, s’étendant sur plusieurs départements du sud-est de la France et impliquée dans divers trafics illicites. L’opération Octopus marque un tournant dans la lutte contre ce réseau, en ciblant ses principales têtes et en perturbant son organisation interne.
La multiplication des interpellations simultanées et le ciblage de ses fondateurs témoignent d’une stratégie judiciaire offensive, à la fois répressive et préventive. L’espoir affiché est d’affaiblir durablement ce groupe et de freiner l’escalade de la violence et du grand banditisme dans la région.
« Intervenir sur plusieurs départements en même temps permet de couper les relais locaux et d’empêcher une recomposition rapide du réseau. C’est une démarche lourde mais indispensable pour casser le fonctionnement interne de ces groupes », souligne Marie Fontaine, procureure spécialisée dans les affaires de criminalité organisée.
Les investigations se poursuivent afin d’évaluer l’étendue exacte des ramifications de la DZ Mafia, ainsi que les implications éventuelles d’autres acteurs extérieurs. Cette opération pourrait ouvrir la voie à de nouvelles procédures contre les acteurs secondaires et complices présents sur l’ensemble du territoire régional.
Perspectives et suites judiciaires attendues
Les gardes à vue des 42 membres devraient être suivies d’inculpations, d’audiences et de procès à venir. Les prochains mois devront confirmer la solidité du dossier et la capacité de la justice à traduire en justice les responsables de ces crimes graves. Le procès imminent à Aix-en-Provence revêt une importance particulière dans ce contexte.
Les autorités souhaitent également tirer les enseignements de la tentative présumée d’utiliser les moyens légaux et carcéraux pour maintenir le contrôle des opérations criminelles. Ce volet met en lumière les difficultés persistantes du système pénitentiaire face à la criminalité organisée en milieu fermé.
L’opération Octopus illustre ainsi un combat complexe et de longue haleine mené par les forces de l’ordre et la justice française contre des réseaux aux modes opératoires évolutifs, mais dont la démobilisation reste une priorité nationale.

