Gunther von Hagens, anatomiste allemand à l’origine de la technique de plastination et créateur des expositions itinérantes « Body Worlds », est décédé le 24 juillet 2026 à l’âge de 81 ans. Après une longue maladie, notamment Parkinson dont il souffrait depuis vingt ans, son corps sera conservé par plastination, conformément à une volonté exprimée de longue date. Son œuvre, mêlant science, art et réflexion sur la mort, a suscité admiration et controverses à travers le monde.
Une vie dédiée à l’anatomie et à la plastination
Né en 1945, Gunther von Hagens a marqué le monde de l’anatomie grâce à l’invention de la plastination en 1977. Cette technique révolutionnaire permet de remplacer les liquides corporels par des polymères tels que le silicone ou la résine époxy, conférant aux corps une rigidité durable et une conservation exceptionnelle. Cette avancée a permis d’exposer corps et organes avec un réalisme inédit, offrant une vision détaillée de l’anatomie humaine.
Diplômé en médecine, il a commencé sa carrière à l’université de Heidelberg, où il a développé cette méthode. Son but était à la fois pédagogique et artistique, afin de rendre l’étude de l’anatomie accessible au grand public et de stimuler une réflexion sur la vie, la santé et la mortalité.
Body Worlds, une exposition qui bouleverse les tabous
À partir de 1995, von Hagens a initié les expositions « Body Worlds », présentant des corps plastinés dans des postures réalistes du quotidien ou disséqués pour mettre en lumière les structures internes. Ces présentations ont attiré environ 60 millions de visiteurs à travers le globe, offrant une expérience pédagogique unique mais aussi soulevant des débats éthiques et moraux.
Si certains experts saluaient l’aspect éducatif de ces expositions, de nombreux opposants dénonçaient un voyeurisme morbide et contestent la dignité humaine des cadavres exposés, notamment avec des spécimens fœtaux. Ces polémiques ont abouti à des procédures judiciaires dans plusieurs pays, notamment en Allemagne, en Russie et en Grande-Bretagne.
Recueillir l’héritage d’un « penseur iconoclaste »
Son équipe et sa famille ont annoncé leur intention de respecter ses volontés quant au traitement post-mortem de son corps. Gunther von Hagens avait exprimé le souhait d’être plastiné, estimant que sa dépouille pourrait être exposée pour prolonger son message scientifique. Dans une interview accordée au Guardian en 2018, il expliquait ne croire « pas à une continuité après la mort » et que son corps plastiné pourrait accueillir les visiteurs ou être disséqué pour poursuive les recherches.
« Gunther était un pionnier qui a confronté les tabous liés à la mort. Ses travaux ont contribué à une meilleure connaissance de notre corps et à une réflexion profonde sur l’existence », a déclaré un membre de son équipe.
Une controverse permanente autour de la plastination
Sa démarche a souvent heurté les sensibilités culturelles et juridiques. En 2002, von Hagens avait choqué en réalisant la première autopsie publique à Londres depuis plus de 170 ans, diffusée en direct, ce qui avait suscité avertissements et débats sur la légalité de l’événement. De même, l’exposition permanente ouverte en 2015 à Alexanderplatz, Berlin, a failli être interdite par la justice pour non-respect des règles d’inhumation, avant que la justice ne donne finalement raison à l’anatomiste.
Les oppositions étaient liées à la perception de la dignité humaine et du respect du défunt. Malgré cela, ces expositions continuent de voyager dans le monde entier, parfois au prix de procédures, mais toujours avec un grand succès populaire.
Une réflexion sur la mort et le corps humain
L’œuvre de Gunther von Hagens déclenche une remise en question sur la mort et les corps humains. Pour lui, comme il l’expliquait à son épouse et collaboratrice Angelina Whalley, la mort n’est qu’une cessation absolue, ce qui légitime selon lui la manipulation de cadavres pour enseigner et faire avancer la connaissance.
« Il m’a dit : Angelina, tu as le droit de me congeler pendant un an, mais après, il faudra vraiment que je sois plastiné, sinon mon corps souffrira », racontait Mme Whalley, illustrant la rigueur avec laquelle ils abordaient cette décision.
Ces dernières volontés donnent une suite concrète à ses convictions, offrant un prolongement matériel à l’œuvre qui a changé les perspectives sur la vie et la mort.
Un héritage scientifique et culturel durable
La mort de Gunther von Hagens marque la fin d’une carrière mêlant provocation, innovation et pédagogie. Par son invention de la plastination, il a permis de déplacer les frontières du savoir anatomique accessible au grand public, tout en suscitant un débat constant sur les limites éthiques de la mise en scène du corps humain.
Sa destinée personnelle sera désormais elle-même exposée, dans une démarche que certains considèrent comme une ultime performance artistique et scientifique. Le corps plastiné de l’anatomiste rejoindra ainsi les collections permanentes qui portent son nom, témoignant du chemin singulier tracé par cet héritier du savoir médical du XXe siècle.
« En brisant les tabous liés au corps et à la mort, von Hagens a profondément modifié notre regard sur nous-mêmes. Son travail continuera d’interpeller chercheurs, philosophes et visiteurs », conclut un historien des sciences.


