Doctolib lance un programme IA sur les données de santé : comment s’opposer ?

Doctolib, la célèbre plateforme de prise de rendez-vous médicaux, met en œuvre dès août 2026 un vaste programme de recherche utilisant les données de santé de ses 50 millions d’utilisateurs. L’objectif est de développer des outils d’intelligence artificielle destinés à mieux anticiper certains risques sanitaires et optimiser les parcours de soins. Toutefois, les patients et professionnels de santé ont la possibilité de refuser que leurs données soient exploitées pour ces projets, à condition d’en faire la demande avant le lancement officiel de l’entraînement technique prévu en septembre.

Un projet scientifique impliquant plusieurs institutions françaises

Ce programme de recherche est conduit en partenariat avec des organismes publics réputés tels que l’Inria, l’Inserm et l’Université Paris Cité. Les chercheurs bénéficieront d’un accès à un ensemble de données issues des profils des patients et des professionnels de santé sur la plateforme Doctolib. Ces données incluent notamment les antécédents médicaux, traitements, diagnostics, ordonnances ainsi que certains documents médicaux comme les résultats d’examens d’imagerie et analyses biologiques.

Le but affiché est d’utiliser ces informations pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle capables d’améliorer le suivi médical et d’apporter des outils d’aide à la décision plus précis et personnalisés. « L’exploitation de données à cette échelle est une opportunité importante pour faire progresser la médecine personnalisée, tout en respectant la confidentialité », explique Marie Dubois, chercheuse en santé digitale.

Des garanties techniques et réglementaires renforcées

Pour limiter les risques de violation de la vie privée, Doctolib assure que les données seront strictement pseudonymisées, c’est-à-dire dissociées de toute information permettant d’identifier directement les patients. Elles seront chiffrées et accessibles uniquement à des chercheurs habilités dans un environnement sécurisé hébergé en Europe. La conservation des données sera limitée à cinq ans, après quoi elles seront effacées.

L’entreprise précise également que ces données ne seront ni revendues ni exploitées à des fins commerciales, et qu’elles ne serviront pas à l’entraînement des IA utilisées directement par Doctolib pour ses services. Le projet s’inscrit dans le cadre réglementaire défini par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), garantissant ainsi un contrôle strict du respect des droits des utilisateurs.

Sources d’inquiétudes malgré les protections annoncées

Malgré ces assurances, ce programme soulève des inquiétudes auprès de certaines associations et experts, notamment à cause des récents incidents de cybercriminalité touchant des données médicales sensibles. En mai 2026, par exemple, la société Almerys, fournisseur de services de tiers payant, avait subi un piratage conduisant au vol de millions de données personnelles.

« Une fuite chez Doctolib pourrait entraîner des risques sérieux de stigmatisation, de discrimination et de profilage abusif », alerte la Ligue des droits de l’Homme dans un communiqué. L’association rappelle aussi que certaines données de la plateforme sont hébergées par Amazon, suscitant des débats sur la souveraineté des données de santé.

Ces remarques soulignent la nécessité d’une vigilance constante dans la gestion et la protection des données sensibles en contexte numérique, d’autant que l’intelligence artificielle repose sur l’analyse de masses importantes d’informations souvent très personnelles.

Modalités pour refuser l’utilisation de ses données

La participation à ce programme de recherche est retenue par défaut, considérée comme relevant de l’intérêt public. Néanmoins, Doctolib offre aux patients et professionnels de santé la possibilité de s’y opposer facilement. Tous les utilisateurs ont été informés par email en début juillet et invités à remplir un formulaire spécifique accessible depuis la plateforme pour refuser que leurs données soient utilisées.

Ils peuvent également envoyer une demande de suppression de leurs données en contactant directement Doctolib via l’adresse donneespersonnelles@doctolib.fr. Il est cependant important d’effectuer cette démarche avant septembre, date à laquelle débutera l’entraînement technique des modèles d’intelligence artificielle.

Par ailleurs, les professionnels de santé ont eux aussi la possibilité de s’opposer à la réutilisation des données de leurs patients. Par défaut, une case autorisant cette exploitation est cochée automatiquement sur leurs comptes, ce qui implique une action volontaire pour refuser la participation.

Enjeux et perspectives du projet

Ce programme marque une étape cruciale dans l’intégration de l’intelligence artificielle aux systèmes de santé français, avec la perspective d’améliorer significativement la qualité et l’efficience des soins. Toutefois, il met également en lumière les défis liés à la protection des données personnelles dans un environnement numérique complexe et mouvant.

Selon Jean-Paul Lefèvre, expert en informatique médicale, « L’équilibre entre innovation médicale et respect strict de la vie privée est un enjeu fondamental. Les plateformes comme Doctolib doivent maintenir la confiance des patients en mettant en œuvre les meilleures pratiques en matière de sécurité des données. »

Alors que le recours à l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé est en pleine expansion, les débats autour de la gestion, de la protection, et de l’éthique de l’utilisation des données sensibles resteront au cœur des préoccupations pour les années à venir.

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