Au large du Cap-Vert, un navire de croisière est au centre d’une alerte sanitaire après la confirmation de trois décès liés à un possible foyer d’infection à l’hantavirus. Depuis dimanche, les autorités sanitaires internationales, dont l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), tentent de comprendre l’origine de cette contamination et le risque potentiel de transmission interhumaine. Les 149 personnes à bord restent confinées dans l’attente de directives claires et d’une autorisation pour débarquer.
Les premières constatations et enquêtes en cours
Dimanche, l’OMS a annoncé qu’un navire naviguant dans l’Atlantique pourrait être le point de départ d’un foyer d’infection à l’hantavirus. Trois décès, un couple néerlandais et un Allemand, ont été déclarés à bord. Un passager britannique, évacué vers l’Afrique du Sud, a également été testé positif au virus. Ce contexte a conduit à interdire momentanément au navire de faire escale dans le port de Praia, la capitale cap-verdienne.
Maria Van Kerkhove, directrice par intérim du département de prévention et préparation aux épidémies à l’OMS, a précisé que des mesures strictes avaient été prises : « Il a été demandé aux passagers de rester dans leurs cabines afin de limiter les risques pendant que des protocoles de désinfection sont mis en place. » Les experts s’efforcent de déterminer si la transmission s’est opérée principalement à bord ou si des contaminations séparées ont eu lieu avant l’embarquement, lors des excursions terrestres.
Le hantavirus : un virus à transmission majoritairement animal
Les hantavirus regroupent plusieurs virus différents, répartis selon une géographie particulière et provoquant des types de maladies distincts. Sur le continent américain, le principal souci est lié au syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), tandis qu’en Europe et en Asie, la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) prévaut.
Selon l’Institut Pasteur, la contamination humaine se produit fréquemment par inhalation d’aérosols contaminés par des déjections de rongeurs infectés, notamment via la salive, les urines ou les fientes. La transmission interhumaine est toutefois très rare, documentée uniquement dans le cas du virus des Andes, rencontré principalement en Argentine.
Virginie Sauvage, responsable du Centre national de référence des hantavirus à l’Institut Pasteur, indique qu’« il est essentiel de trancher entre plusieurs hypothèses, notamment une transmission interhumaine limitée ou des contaminations distinctes avant l’embarquement. »
Incidence de la transmission interhumaine et implications sanitaires
Le virus des Andes est le seul hantavirus connu pour lequel des cas de transmission d’homme à homme ont été observés, principalement dans des contextes familiaux ou proches. En revanche, les autres hantavirus semblent ne pas présenter ce risque. L’identification précise du virus impliqué sur ce navire est donc cruciale pour adapter les mesures sanitaires et prévoir le suivi des contacts.
Les spécialistes recommandent une vigilance accrue, notamment dans les espaces confinés comme les navires de croisière où la proximité prolongée entre passagers peut favoriser la propagation de certaines infections. Jusqu’à présent, les informations provenant de l’OMS restent limitées, et les investigations sont encore en cours pour confirmer la souche virale.
Situation à bord et gestion de la crise
Les 149 personnes à bord du navire, entre équipage et passagers, restent confinées en cabine, dans l’attente d’une décision des autorités locales et internationales pour leur débarquement. Des mesures de désinfection sont en cours afin de réduire le risque de contamination.
La situation sanitaire à bord inquiète, étant donné la gravité potentielle des infections à hantavirus, dont certaines formes provoquent un syndrome pulmonaire grave pouvant entraîner des complications sévères. Le navire est toujours en mer, sans pouvoir accoster, ce qui complique la prise en charge médicale des cas suspects.
Contexte global et perspectives
Ce foyer d’infection intervient dans un contexte où les hantavirus, bien que peu médiatisés, font régulièrement l’objet d’alertes sanitaires en raison de leur potentiel épidémique et de leur gravité. Leur nature zoonotique souligne l’importance du contrôle des populations de rongeurs et la nécessité de surveillance dans les zones où ces animaux sont présents.
L’OMS continue de suivre la situation de près, en collaboration avec les autorités sanitaires du Cap-Vert, les institutions impliquées dans la recherche virologique, ainsi que l’équipe médicale du navire. Les conclusions des analyses permettront de mieux comprendre la dynamique de transmission observée et d’adapter les recommandations pour éviter une propagation plus large.
Un expert en maladies infectieuses explique : « L’identification rapide du type d’hantavirus est essentielle pour gérer cet incident, en particulier parce que la possible transmission interhumaine pourrait justifier des mesures d’isolement plus strictes ».
En attendant l’issue de l’enquête, le cas du navire au large du Cap-Vert demeure un rappel des dangers persistants des virus zoonotiques et de l’importance de la vigilance dans le contexte mondial des déplacements internationaux.

