Mansour Bahrami : itinéraire d’une légende du tennis entre Iran et France

Mansour Bahrami, joueur de tennis franco-iranien, a longtemps marqué les esprits non pas par des titres majeurs, mais par son style spectaculaire et sa trajectoire personnelle hors du commun. Né en 1956 à Arak en Iran, il a connu une enfance marquée par la pauvreté, puis un exil forcé en France après la révolution iranienne de 1979. Grâce à sa passion et son talent pour le tennis, il a réussi à s’imposer dans un milieu souvent hostile. À l9occasion de la sortie de son livre « Face-face » (Editions Amphora), il évoque son parcours, de son enfance en Iran jusqu’aujourd’hui, et la manière dont le tennis l’a sauvé.

Une enfance entre privations et premiers pas vers le tennis

Originaire de la ville d’Arak, Mansour Bahrami a rapidement déménagé avec ses parents pour s’installer Tehr. Son puseur travaillait comme jardinier dans un complexe sportif majeur, un environnement sportif où vivait une communauté d’une cinquantaine de familles. Très tôt, le jeune Mansour s’intéresse à diverses disciplines sportives telles que la natation, le football et le basketball. Cependant, c’est le tennis qui attire irrésistiblement son attention, bien que ce sport lui soit initialement refusé. Face à cette interdiction, il multiplie les tentatives pour pratiquer, démontrant une détermination forte à maîtriser une raquette et à jouer. Cette insistance révèle le choix définitif du tennis comme passion essentielle. Sa maison, un petit sous-sol de trois sur quatre mètres où dormaient six personnes, n’empêche pas Mansour de ressentir une grande liberté et sécurité, concluant que c’est ce cadre simple qu’il considère comme son paradis d’enfance.

Exil et débuts difficiles en France

Après la révolution iranienne de 1979, alors que le tennis est interdit en Iran pour des raisons idéologiques, Mansour Bahrami quitte son pays en 1980 pour s’installer à Nice. Arrivé avec une somme modeste équivalente à environ 4 000 euros actuels, il est confronté à un isolement social et financier immédiat. La méfiance des habitants, l’absence de revenu et la barrière linguistique rendent son intégration difficile. Rapidement, Mansour comprend que ses économies couvriront seulement quelques semaines et se tourne vers une tentative risquée au casino, où il perd tout en peu de temps. Ce passage illustre la précarité et le désarroi initial qu’il a vécu, loin de ses racines.

« Au début, tenter de joindre les gens semblait impossible. Je me demandais pourquoi j’étais venu, mais mon amour du tennis était ce qui me poussait à continuer », confie Bahrami.

En 1981, après une migration à Paris, il reçoit une invitation pour participer aux pré-qualifications des Internationaux de France. Il réussit un exploit inattendu en profitant d’une wild card pour franchir les tours de qualification et rejoindre le tableau principal du tournoi de Roland-Garros. Cette prouesse face à des joueurs établis attire l’attention et lui procure une certaine reconnaissance. Malgré cela, il vit dans une grande précarité et souvent sans domicile fixe, trouvant refuge temporaire dans des espaces proches du stade. L’ombre de la police plane sur lui, car il est encore sans papiers et lutte pour la survie au quotidien.

Le tennis, une planche de salut et un chemin vers la reconnaissance

Mansour Bahrami décrit le tennis comme sa bouée de sauvetage, un sport qui lui offre un sens, une identité et un espoir dans un parcours marqué par la difficulté. Chaque fois qu’il saisit sa raquette, les tracas s’estompent et la joie envahit son esprit. Avec ce sentiment, il persévère et finit par obtenir la nationalité française, tout en continuant à évoluer à travers des circuits d’exhibition où son jeu flamboyant et divertissant séduit un public toujours plus large.

« Le tennis m’a sauvé. Même quand les situations paraissaient insurmontables, une raquette à la main, j’oubliais mes galères », affirme-t-il.

Son style unique, mêlant virtuosité technique et spectacle, l’aide à se démarquer dans un sport souvent perçu comme rigide et conventionnel. Loin des ambitions de titres majeurs ou de classement, son objectif a toujours été d’offrir du plaisir aux spectateurs et de rendre le tennis accessible et attrayant pour tous, y compris pour ceux qui, autrement, n’auraient jamais regardé un match. À Wimbledon, malgré la limite d’âge officielle à 59 ans, il a vu le règlement adapté exceptionnellement pour lui, témoignant de la reconnaissance de sa contribution originale au jeu.

Les liens déchirés avec l’Iran et l’engagement pour la liberté

Bien que profondément attaché à sa vie en France, Mansour Bahrami souffre du fossé créé par son exil et la coupure avec sa famille restée en Iran. Il n’a pas pu se rendre dans son pays natal depuis plus de six ans, notamment en raison des tensions géopolitiques et des restrictions sévères sur les communications. Il dénonce avec force la situation politique en Iran, évoquant l’absence de liberté, la répression politique et les difficultés extrêmes subies par la population.

« Ça me tue de savoir mon peuple sous les bombes. J’espère qu’un jour l’Iran connaîtra enfin la liberté », confie avec émotion Bahrami.

La coupure totale des réseaux téléphoniques et internet durant plus de deux mois accentue son désarroi, illustrant la situation de grande isolation que connaît le pays. Son engagement public et ses déclarations libres lui valent des critiques et un isolement supplémentaire, mais il maintient une parole franche sur ces sujets, refusant le silence malgré les risques.

Une carrière atypique marquée par l’adversité et la passion

Contrairement à la trajectoire classique d’un joueur professionnel, Mansour Bahrami n’a pas connu ses meilleures années sportives dans des conditions optimales. Privé de tennis en Iran durant son adolescence, ses premières expériences se sont déroulées dans des conditions rudimentaires, souvent sans raquette et avec un matériel improvisé. Il a construit son style autodidacte et spectaculaire à partir d’un jeu ludique et créatif, qui deviendra sa signature sur les courts.

Refusé par de nombreux clubs et confronté aux contraintes administratives, il n’a jamais été chasseur de trophées majeurs mais un artiste du tennis dont la priorité a toujours été de divertir et de provoquer des sourires. Sa popularité dans les matchs d’exhibition représente un succès différent, plus humain et porté par la passion du sport. Son livre « Face-à-face » illustre ces multiples facettes d’une existence dédiée au tennis, mais aussi à la résilience et à l’espoir.

« Mon rêve n’a jamais été d’être numéro un mondial, mais de faire aimer ce sport au plus grand nombre », résume Mansour Bahrami.

Son parcours a désormais une dimension universelle, symbole de la force du sport comme moyen d’intégration et d’expression personnelle malgré des débuts difficiles marqués par l’exil et la précarité. Plus qu’un joueur, Mansour Bahrami est devenu un ambassadeur de cet esprit qui dépasse les performances pour toucher à des valeurs humaines fondamentales.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *