En 1638, une colonie suédoise, la Nouvelle-Suède, fut établie sur les territoires qui deviendront plus tard une partie des États-Unis, près de la vallée du Delaware. Cette implantation, confidentielle et méconnue, précède de plus d’un siècle la Déclaration d’indépendance américaine, signée en 1776. La Nouvelle-Suède, bien qu’éphémère et modeste, pose des jalons importants dans l’histoire coloniale américaine et européenne.
Les origines de la colonie et son fondateur hollandais
Peter Minuit, ancien gouverneur hollandais de la Nouvelle-Amsterdam (actuelle New York), est à l’origine de cette aventure. Après son renvoi en 1632, il cherche à se venger et propose à la Suède de créer une colonie en Amérique, elle qui ne possède alors aucun territoire outre-Atlantique. En décembre 1637, il organise l’envoi de deux navires suédois transportant 25 colons vers la vallée du Delaware, région alors inhabitée.
Quatre mois plus tard, les colons arrivent et Minuit achète une bande de terre large de 108 kilomètres dans la région pour y fonder Fort Christina, première fortification et structure européenne permanente destinée à servir de base pour la Nouvelle-Suède. Cette implantation vise à établir une présence stratégique dans la région, évitant la surveillance hollandaise et favorisant les intérêts suédois.
Une installation fragile menacée par les aléas
La destinée de Peter Minuit se conclut tragiquement lors d’un ouragan dans les Caraïbes. Son décès, à peine cinq mois après la création de la colonie, prive la Nouvelle-Suède d’un leader expérimenté. Les colons, isolés et sans approvisionnement régulier, doivent dépendre des alliances avec les peuples autochtones locaux, essentielles à leur survie.
La Nouvelle-Suède s’efforce d’étendre son territoire avec la construction des forts Elfsborg et New Gothenburg dans les années qui suivent. Pourtant, le peuplement ne dépasse jamais 400 habitants et la colonie peine à devenir économiquement viable. Entre 1648 et 1654, aucun ravitaillement ne parvient de Suède, démontrant les difficultés logistiques majeures qui freinent son développement.
L’invasion néerlandaise et le maintien de l’identité suédoise
En 1655, la colonie est conquise par la Nouvelle-Hollande, cependant, l’identité suédoise reste forte. La région conserve des traces culturelles durables de cette époque, notamment des monuments et des institutions religieuses liées aux premiers colons suédois et finlandais.
Héritage culturel et patrimonial
À Wilmington dans le Delaware, la première église luthérienne construite en 1698 témoigne encore aujourd’hui de la présence suédoise. Utilisée toujours pour le culte dans son état originel, elle est entourée d’un cimetière datant de 1638 où reposent nombre des premiers colons. Cette continuité religieuse est emblématique du patrimoine immatériel transmis.
Déborah-Jean Hoffman, membre du conseil du New Sweden Centre, souligne que « au-dessus de l’hôtel de ville, sous la statue de William Penn, plusieurs statues honorent les colons suédois, rappelant l’empreinte laissée malgré l’effacement historique relatif ».
Cette mémoire est également conservée à Philadelphie, où l’American Swedish Historical Museum retrace l’influence suédoise et finlandaise depuis près de quatre siècles. Allan Elfström, un immigrant suédois, rappelle combien “cette part d’histoire est souvent oubliée, bien que fondatrice pour comprendre les origines multicultruelles des États-Unis”.
Implications historiques et hypothèses
La Nouvelle-Suède s’inscrit dans un contexte colonial complexe où se jouaient stratégies entre puissances européennes rivales comme la Suède, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et la France. Son existence brève mais significative invite à reconsidérer la diversité des influences qui ont contribué à la fondation des États-Unis.
Certains historiens estiment que si la Nouvelle-Suède avait perduré, elle aurait pu modifier la géopolitique régionale et culturelle, renforçant l’empreinte nordique sur les territoires américains précoces.
Selon Betsy Christopher, directrice de la communication de l’église historique de Wilmington, « la colonie représente une partie précieuse et souvent méconnue des débuts de la nation américaine, un chaînon manquant dans le récit traditionnel ».
En cette année du 250e anniversaire de l’indépendance américaine, cette perspective offre une nouvelle lecture des origines d’une nation façonnée par de multiples influences coloniales européennes mais aussi autochtones, soulignant l’importance de la diversité dans le processus historique.
La Nouvelle-Suède, longtemps passée sous silence dans les manuels d’histoire, mérite une reconnaissance accrue pour sa contribution au patrimoine culturel et historique des États-Unis.

