Alain-Paul Gaillot, musicien gersois reconnu pour son parcours classique, revient à ses racines pop-rock avec la sortie de « Constat », le premier album de son groupe Alpaga. Après plusieurs années dédiées au chant et à la composition classique, il entend valoriser le live et la rencontre humaine lors d’un concert programmé le 30 mai à Louslitges, dans le Gers. Cette transition marque une étape majeure dans sa carrière, mêlant influences des années 1970 et rigueur harmonique issue de la musique classique.
Un retour aux premières amours du musicien
Alain-Paul Gaillot a entamé sa carrière musicale à l’âge de 17 ans avec un groupe pop à Rouen, avant d’explorer plusieurs univers artistiques, notamment en tant que pianiste au sein du corps de ballet de l’opéra de Rouen. Installé dans le Gers, il a ensuite développé une carrière dans la musique classique en dirigeant l’ensemble vocal Excelsis, tout en nourrissant secrètement son attrait pour la chanson. Le passage au pop-rock avec Alpaga constitue un accomplissement personnel après un long cheminement.
« La pop est toujours restée dans un coin de ma tête », confie Alain-Paul Gaillot. « Ce premier album, c’est la concrétisation d’années de compositions et d’attente. »
Créer une musique vivante : les défis d’un projet solo
Constituer une équipe motivée et trouver du temps pour travailler ont été parmi les principaux obstacles rencontrés par le musicien. En parallèle de ses responsabilités de chef de chœur et de professeur de piano, il a souvent dû jongler entre ses activités pour donner vie à son projet pop-rock.
« Le plus dur, ce n’est pas l’inspiration, mais de réunir les personnes engagées et le temps nécessaire », souligne-t-il. « Le confinement a aussi été un moment crucial, qui m’a poussé à franchir le pas ».
Une fusion entre héritage classique et chanson
Si Alain-Paul Gaillot sépare souvent ses univers classiques et pop, il insiste sur les liens entre ces domaines, surtout dans l’approche harmonique. Il vise une richesse musicale plus élaborée que les simples harmonies répétitives, avec des modulations et des structures variées qui rappellent les grands noms de la pop et du classique intégrés dans la musique d’Elton John ou de Polnareff.
« J’aime quand les morceaux sont amples, avec des refrains en mineur et des couplets en majeur. Mon travail classique me permet d’apporter une profondeur harmonique rare dans la variété », explique-t-il.
La genèse et la réalisation de l’album « Constat »
Le projet Alpaga a pris forme durant quatre années, depuis le début du confinement en 2020. Ce laps de temps a permis d’assembler minutieusement les compositions, choisir les musiciens et finaliser l’enregistrement en studio, dans une dynamique très proche des années 1970. Le disque est disponible en CD et en vinyle, ce dernier étant pour Alain-Paul Gaillot un support noble et magique pour la musique, notamment quant à la qualité sonore.
« Travailler dans un petit studio de campagne en pleine nature gersoise a été un vrai bonheur, une immersion authentique dans une tradition qui me tient à cœur », déclare le musicien.
Une équipe de musiciens engagés
Le batteur Ernst Carree, l’ami et complice surnommé Punky, a joué un rôle déterminant dans l’aboutissement du projet, tout comme la jeune bassiste Isaura Flores Michaud et le guitariste talentueux Jean-Baptiste Braman. Trois choristes issues de l’ensemble Excelsis ont renforcé les arrangements et contribué à l’harmonie vocale. Leur collaboration a permis de donner au disque une dimension scénique et orchestrale remarquable.
Des textes autobiographiques aux influences cinématographiques
La majorité des paroles racontent des fragments de la vie du compositeur, avec des épisodes d’émotions, des rencontres et des réflexions personnelles. Le titre éponyme « Constat » évoque un état des lieux intime, oscillant entre mélancolie et espoir, à l’image d’un scénario de film dont les images précèdent la musique.
« J’ai toujours l’image de la scène avant de poser la musique. Chaque chanson est un instant saisi dans un récit plus large », remarque le chanteur.
Les textes courts, inspirés par la concision de Serge Gainsbourg, privilégient la rythmique et les jeux de mots afin de traduire un message avec la plus grande économie de moyens. Cette démarche témoigne d’un travail d’écriture rigoureux, mettant en valeur la langue française dans un style accessible mais sophistiqué.
Un concert inaugural dans un cadre intimiste
Le concert de Louslitges, programmé le 30 mai au cabaret Le Béret, se présente comme une rencontre conviviale et chaleureuse entre le groupe et le public. Le septet présentera de manière vivante les titres de « Constat » ainsi que des inédits destinés au second album déjà en préparation. Cette soirée mise sur l’authenticité et le jeu en direct, dans un rapport direct avec les spectateurs.
« Nous voulons raconter une histoire sur scène, offrir une expérience que les auditeurs pourront garder en mémoire », souligne Alain-Paul Gaillot.
Une position critique sur la révolution de l’intelligence artificielle
Face aux bouleversements induits par l’IA et la dématérialisation de la musique, le musicien préconise une approche qui privilégie l’humain et le travail artistique traditionnel. Pour lui, le live et les formats physiques conservent une valeur irremplaçable, même si l’évolution technologique est inéluctable.
« L’intelligence artificielle impressionne, mais risque aussi de banaliser et d’appauvrir la création. Ce que le numérique ne pourra jamais remplacer, c’est la magie de la rencontre en concert », prévient-il.
Alain-Paul Gaillot encourage ainsi l’écoute attentive du vinyle et défend la richesse matérielle de la culture face à l’uniformisation numérique. Son projet Alpaga s’inscrit dans cette résistance artistique, conjuguant héritage et modernité.


