Le groupe Gibert demande son redressement judiciaire pour sauver ses librairies

Le groupe Gibert, emblématique libraire français reconnu pour son offre de livres neufs et d’occasion, envisage de demander le placement en redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Paris. Cette démarche intervient en raison du déclin persistant du marché des livres neufs, conjugué à une forte hausse des coûts fixes, dont loyer et énergie, qui met en tension financière le réseau de librairies. L’objectif principal est de protéger l’activité tout en opérant un virage stratégique vers le marché porteur du livre d’occasion.

Une demande de redressement judiciaire pour préparer l’avenir

Le groupe Gibert a officiellement confirmé cette volonté dans un communiqué publié peu avant l’examen de la demande par le tribunal des activités économiques de Paris. Cette procédure permettra à la maison de bénéficier d’un cadre légal protecteur, notamment un gel des dettes et la garantie du paiement des salaires, facilitant ainsi la réorganisation et la poursuite de l’activité. Le passage en redressement judiciaire vise avant tout l’adaptation et la transformation du modèle économique face aux défis actuels.

Une porte-parole du groupe a précisé :

« Notre modèle rencontre un effet ciseau entre l’explosion des coûts fixes et le recul du marché des livres neufs avec une forte compression des marges, ce qui impose une révision profonde de notre stratégie commerciale. »

La montée en puissance du livre d’occasion, un axe central

Face à la contraction du marché des nouveautés, Gibert a choisi de concentrer ses efforts sur le segment du livre d’occasion, secteur dynamique qui connaît une croissance estimée à 10 % par an. Ce choix stratégique s’inscrit également dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat et d’inflation persistante, où l’offre de livres d’occasion permet de rendre la culture plus accessible à un large public.

Le groupe vise à doubler la part des ventes issues de l’occasion d’ici 2029, alors que cette catégorie représente actuellement environ 35 % du chiffre d’affaires, qui s’élève à 86 millions d’euros pour l’année dernière. Cette stratégie implique une meilleure maîtrise de la chaîne de valeur et des marges améliorées, à l’inverse du marché du neuf qui demeure sous pression.

Selon un expert en économie culturelle,

« Le virage vers l’occasion est une réponse pragmatique à la transformation des habitudes d’achat des consommateurs. Cela permet aussi de redynamiser la librairie indépendante face à la concurrence du e-commerce. »

Un passé historique remettant en lumière les librairies Gibert

L’enseigne Gibert remonte à plus de 140 ans, fondée en 1886 par Joseph Gibert, un professeur de Lettres Classiques. Établie à Paris, sur le quai Saint-Michel, elle s’est d’abord spécialisée dans la vente de livres scolaires d’occasion pour profiter du succès des réformes scolaires imposées par Jules Ferry. Elle est rapidement devenue une référence dans le monde littéraire parisien et français.

Depuis cette époque, le groupe s’est étendu à 16 magasins répartis dans 12 villes françaises, employant environ 500 collaborateurs. La librairie située boulevard Saint-Michel reste emblématique, bien que plusieurs établissements dans ce secteur aient fermé leurs portes en 2021, témoignant des difficultés persistantes rencontrées.

Un sociologue spécialiste des pratiques culturelles observe :

« Les librairies Gibert incarnent une forme de patrimoine culturel et populaire. Leur redressement judiciaire est un signal fort du besoin de soutenir les commerces de proximité face aux mutations du secteur. »

Enjeux et perspectives pour le secteur du livre

Le projet de redressement judiciaire de Gibert s’inscrit dans un contexte plus large de recul de la lecture et de mutation des habitudes d’achat, catalysé par la digitalisation et la montée en puissance des plateformes en ligne. Les librairies indépendantes sont particulièrement exposées aux contraintes économiques et doivent impérativement s’adapter pour survivre.

Outre l’accent mis sur le livre d’occasion, Gibert pourrait exploiter des opportunités liées à la diversification culturelle, tels que les événements ou services complémentaires autour du livre, afin de renforcer sa place sur le marché. La procédure judiciaire offre un délai et un cadre propice à ce renouveau.

Un analyste du marché du livre souligne :

« La viabilité des librairies traditionnelles passe par l’innovation commerciale et un recentrage sur les aspects communautaires et culturels du métier, le livre d’occasion offrant une alternative intéressante. »

À l’heure actuelle, la décision finale du tribunal est attendue, mais le groupe Gibert affiche sa volonté de poursuivre son activité et de traverser cette phase difficile pour préserver son héritage culturel et son réseau de librairies.

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