Les Affamés : Marion Motin électrise le théâtre du Châtelet

Jusqu’au dimanche 24 mai, le théâtre du Châtelet à Paris accueille la nouvelle création de la chorégraphe Marion Motin intitulée «Les Affamés». Cette pièce chorégraphique explore les dynamiques sociales d’oppression et de survie dans un univers urbain et brutaliste, porté par treize danseurs, une musique live et un rythme intense. L’œuvre se distingue par son ancrage dans la culture hip hop et pop, reflet du parcours de Marion Motin.

Une chorégraphie aux influences urbaines et pop

Marion Motin s’est fait connaître dans le milieu de la danse en créant pour des artistes de renom tels que Stromae, Christine and the Queens ou Madonna, et a également travaillé pour l’Opéra de Paris. «Les Affamés» marque son retour dans un cadre théâtral majeur, avec une pièce urbaine où danses et musiques s’entremêlent. La pièce invite le spectateur à une expérience immersive où la corporalité des danseurs donne vie à un récit métaphorique.

Une mise en scène immersive dans un décor brutaliste

Le décor de la pièce s’inscrit dans une esthétique brutaliste : des passerelles métalliques, un ascenseur, des structures industrielles composent l’espace scénique, renforçant l’atmosphère asphyxiante du spectacle. Treize danseurs, dont le charismatique Martin Mauriès et le circassien Quentin Signori, évoluent dans cet univers, exprimant à travers leurs mouvements la lutte entre différentes classes sociales figurées dans le spectacle.

La musique live, un élément central

À la musique live, apportée par Clive Deamer à la batterie et Adrian Utley à la guitare — tous deux membres du groupe britannique de trip-hop Portishead — s’ajoute la voix scandée du rappeur londonien Gaika. Leur contribution sonore apporte une intensité dramatique, soulignant les tensions et la violence sous-jacentes dans la chorégraphie.

Un duel métaphorique entre oppresseurs et opprimés

«Les Affamés» met en scène deux clans opposés : ceux «d’en haut», représentant l’élite en quête de pouvoir, et ceux «d’en bas», en vêtements rouges, symbolisant les démunis qui survivent dans un milieu hostile. Cette lutte acharnée est rendue visible par des gestes saccadés, une énergie presque animale et une cadence haletante qui animent la pièce. Marion Motin décrit ainsi son travail :

«Il s’agit d’un monde de soifs et d’appétits, de chasseurs et de proies, d’oppresseurs et d’opprimés, où la part du lion se taille à coups d’ongles et de dents, sauvagement, sans pitié.»

Une œuvre organique à l’esthétique cinématographique

La pièce d’une durée d’environ une heure et quart déploie une narration visuelle proche du cinéma, avec une atmosphère évoquant les univers dystopiques de «Mad Max» (1979) ou «Blade Runner» (1982). La scénographie pensée par Camille Dugas, mise en lumière par Louis Choisy, contribue à cette impression en plongeant le spectateur dans une ambiance à la fois oppressante et énergique.

Un spectacle qui questionne sans imposer de morale

Loin de vouloir donner des leçons, Marion Motin souhaite «éveiller les consciences» au travers d’un spectacle où la confrontation sociale apparaît dans toute sa rudesse. Cette approche a été remarquée par plusieurs critiques qui soulignent la force évocatrice et la vitalité des interprètes.

«On assiste à une course haletante où chacun tente de résister et de s’échapper d’un système qui épuise et détruit», confie un spécialiste de la scène contemporaine.

Perspectives après Les Affamés

Après la clôture de cette création au Châtelet, Marion Motin poursuivra sa résidence avec «Narcisse», un spectacle programmé du 17 au 27 juin au théâtre 13e Art. Ces deux créations confirment le positionnement de la chorégraphe comme une figure majeure de la danse contemporaine française, mêlant références populaires et théâtralité forte.

«Les Affamés» restera accessible au public parisien jusqu’au dimanche 24 mai, offrant une plongée vive et saisissante dans les questionnements sociaux et artistiques d’aujourd’hui.

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